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Les relations diplomatiques entre les États-Unis et l'Amérique latine sous Obama

Bâties sur l’espoir d’un changement, les relations diplomatiques entre les États-Unis et la plupart des pays latino-américains se sont détériorées dès le premier mandat du président Barack Obama. Cela semble s’expliquer par la dissonance entre le discours et la pratique entretenue par l’administration démocrate au sujet de sa politique étrangère dans la région. La contestation de la diplomatie américaine ainsi que la volonté d’Obama de faire davantage de concessions aux dirigeants latino-américains sur certains dossiers diplomatiques traduisent-elles une diminution de l’influence des États-Unis en Amérique latine?

Obama et l’Amérique latine : une relation bâtie sur l’espoir d’un changement

L’élection de Barack Obama à la tête des États-Unis en 2008 s’est faite sur la base d’un discours de rupture d’avec les politiques de l’administration Bush : M. Obama prônait un renouveau de la politique étrangère américaine. Il avait d’ailleurs affirmé, lors de la Convention démocrate de Denver de 2008, que M. Bush avait « gaspillé l’héritage que plusieurs générations d’Américains avaient construit ». Tout en se proposant de rétablir cet héritage, il annonçait une nouvelle ère pour les relations diplomatiques entre les États-Unis et le reste du monde. C’est dans ce contexte que lors du sixième Sommet des Amériques, qui a eu lieu à Trinité-et-Tobago en 2009, il a tenu un discours conciliateur dans lequel il indiquait sa volonté de développer un « partenariat d’égal à égal » avec l’Amérique latine, qui a longtemps été considérée comme étant la « cour arrière » des États-Unis.  

La nouvelle politique étrangère de Washington dans la région prétendait ainsi respecter les principes d’égalité, de réciprocité et de dialogue, d’autant plus qu’au cours de ce Sommet, M. Obama avait déclaré qu’: « il nous est arrivé de vouloir imposer nos conditions […] nous pouvons nous tromper, nous l’admettons, car nous sommes des humains ». Cette opération de séduction de l’administration démocrate suscita beaucoup d’espoir de changement en Amérique latine. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement de la région, y compris ceux avec lesquels Washington entretenait jusque-là des relations plutôt tendues, avaient salué cette ouverture qu’ils qualifiaient d’« historique ». C’est notamment le cas du défunt président vénézuélien, Hugo Chavéz, qui avait affirmé que « l’heure [était] venue d’établir de nouvelles relations entre nos différents pays et les États-Unis sur la base du respect de la souveraineté, de l’égalité et d’une véritable coopération ».

Il fallut attendre les premières actions de l’administration Obama dans la région pour que l’audace de l’espoir soit rapidement tempérée dans l’imaginaire des leaders latino-américains. Dès 2009, le maintien de la présence militaire américaine en Amérique latine à travers la signature d’un accord de défense avec la Colombie et qui prévoyait l’exploitation de sept bases aériennes colombiennes dans le cadre de la lutte contre le trafic des drogues illicites avait réveillé chez certains leaders sud-américains les soupçons d’ingérence de Washington dans les affaires intérieures des États de la région. Aussi, la rigidité de l’administration Obama par rapport à la question cubaine a permis aux dirigeants de la région de constater la rupture existant entre le discours américain en matière de politique étrangère et son opérationnalité.   

Une politique étrangère contestée en Amérique latine

Au-delà des discours prophétiques de l’administration Obama quant à l’avenir glorieux des relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Amérique latine, la diplomatie américaine dans la région semble toujours contestée. Lors de la 68e session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui s’est tenue en septembre 2013 à New York, plusieurs dirigeants latino-américains ont fait part de leur indignation à la suite des révélations de l’ancien collaborateur de la National Security Agency (NSA), Edward Snowden, à propos des activités américaines d’espionnage dans la région. Le 5 août 2013, les ministres des Affaires étrangères des pays membres du Marché commun du Sud (Mercosur) avaient ainsi rencontré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, pour discuter de cette situation. Ils lui avaient transmis la déclaration finale du Sommet du Mercosur, qui a eu lieu à Montevideo en juillet 2013, et dans laquelle ils exprimaient leurs préoccupations par rapport à ces révélations. Au cours de cette rencontre, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Elias Jaua, dont le pays préside actuellement le Mercosur, avait affirmé qu’« au-delà des atteintes à la souveraineté des États, les actions américaines violent les droits fondamentaux des citoyens du monde entier et transgressent la vie privée des individus ». Plusieurs dirigeants latino-américains, dont le Mexicain Enrique Peña Nieto et la Brésilienne Dilma Rousseff, avaient d’ailleurs exigé de la part de leur homologue américain l’ouverture d’une enquête sur cette question. Mme Rousseff avait même annulé sa rencontre avec le président Obama, alors qu’elle avait été officiellement invitée à se rendre aux États-Unis quelque temps avant les révélations.

Cet épisode est donc venu s’ajouter à plusieurs autres éléments qui ont contribué à alimenter les tensions diplomatiques entre Washington et l’Amérique latine. Par exemple, on note que l’expulsion d’ambassadeurs américains est devenue une activité presque routinière dans certains pays latino-américains. Pour ne citer que quelques cas, en octobre 2013, trois diplomates américains ont été expulsés du Venezuela pour avoir pris part à un supposé complot ourdi par l’opposition vénézuélienne contre le gouvernement en place. En Bolivie, le président Evo Morales a expulsé l’Agence américaine pour le développement international (USAID) en 2013 et l’Agence américaine antidrogue (DEA) en 2008 pour des motifs similaires. Au cours de la même année (2008), le président Morales avait aussi expulsé l’ambassadeur des États-Unis en Bolivie, Philip Goldberg, en invoquant qu’il s’était adonné à des activités d’espionnage.

Sur un tout autre plan, lors du VIe Sommet des Amériques qui s’est tenu à Carthagène (Colombie) en 2012, plusieurs dirigeants des pays membres de l’Organisation des États américains (OÉA) — à l’exception des États-Unis et du Canada — ont exigé la réintégration complète de Cuba au sein de l’organisation interaméricaine puis, ont menacé de boycotter le prochain Sommet des Amériques si Cuba n’y prenait pas part. La décision d’exclure Cuba de l’OÉA a été prise en 1961, mais elle a été suspendue en juin 2009. Or, le pays n’a toujours pas réintégré l’organisation hémisphérique de manière effective. Afin de témoigner leur solidarité à Cuba, particulièrement en réaction à la politique d’hostilité de Washington, les dirigeants latino-américains ont confié la présidence pro tempore de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) à Cuba en janvier 2013. Aussi, la participation du secrétaire général de l’OÉA, José Miguel Insulza, au deuxième Sommet de la CELAC qui a eu lieu à La Havane (Cuba) les 28 et 29 janvier 2014 semble bien illustrer cette nouvelle dynamique solidariste.

Enfin, dans le registre de la lutte contre le trafic des drogues illicites dans les Amériques, la récente légalisation de la marijuana en Uruguay ainsi que la volonté de plusieurs dirigeants latino-américains d’emprunter cette voie alternative afin de juguler le phénomène s’inscrivent en faux avec les politiques prohibitionnistes américaines en la matière, ce qui viendra inévitablement exacerber certaines tensions.

D’un point de vue pratique, il convient de nuancer l’idée suivant laquelle l’Amérique latine a toujours adopté une position commune au sujet de la politique étrangère américaine dans la région. Pour ne faire qu’une seule comparaison, très souvent, les pays de l’Alliance du Pacifique (AP) – présumés très ouverts sur le plan des échanges et qualifiés pour la plupart de « droite » — sont plus réceptifs à la politique de Washington que leurs homologues de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) — plutôt de « gauche » et protectionnistes — qui critiquent systématiquement la politique étrangère de Washington dans la région.

L’Amérique latine échappe-t-elle aux États-Unis?

L’Amérique latine est en mouvement. Plusieurs gouvernements de gauche y gagnent du terrain depuis plus d’une décennie. On assiste à la création de plusieurs organisations à vocation régionale, dont la CELAC et l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), qui tendent à saper l’influence des États-Unis dans la région. L’ascension fulgurante du Brésil en tant que puissance régionale et sixième économie mondiale, de même que la percée chinoise dans la région contribuent également à changer le visage de l’Amérique latine.

Washington n’est pas insensible à cette nouvelle dynamique, ni à l’attitude de défiance des leaders latino-américains à son égard. Qu’il s’agisse du Venezuela ou de Cuba, les États-Unis se disent désormais prêts à négocier les conditions d’une normalisation des relations diplomatiques. C’est sans doute dans cette perspective que le secrétaire d’État américain, John Kerry, a affirmé lors d’une séance de travail du Conseil permanent de l’OÉA, qui a eu lieu le 18 novembre 2013 à Washington, que l’ère de la doctrine Monroe – qui a été mise en place par le président Monroe en 1823 et qui faisait de l’Amérique latine la chasse gardée des États-Unis – était révolue.

Dans un même ordre d’idées, le desserrement de l’étau autour de la question de l’espionnage, notamment avec les récents aveux du président Obama au sujet des activités de la NSA dans la région, semble traduire symboliquement le changement d’attitude de Washington à l’égard de ses partenaires latino-américains. Cependant, peut-on conclure à une diminution significative de l’influence américaine en Amérique latine? En arriver à une telle conclusion paraît excessif dans la mesure où le changement d’attitude de Washington à l’égard de ses partenaires laisse plutôt entrevoir une logique de reconfiguration stratégique de sa politique étrangère, laquelle tient compte de la nouvelle dynamique régionale.

Cyprien Bassamagne Mougnok – Candidat au doctorat en études internationales et auxiliaire de recherche au Centre d’études interaméricaines

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