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Vers une paix (enfin) en Colombie?

Le 17 octobre 2012, la capitale norvégienne accueillait la première réunion fixant les bases des négociations de paix en Colombie, qui ont débuté le 19 novembre 2012 à Cuba. Plus d’un an après le lancement des discussions à La Havane, le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont signé deux importants accords sur la question agraire et sur la future participation politique des Farc. Il reste cependant beaucoup d’efforts à faire pour mettre fin à ce conflit armé qui dure depuis plus de 50 ans et dont la résolution améliorerait non seulement la stabilité en Colombie, mais également dans toute l’Amérique latine.

 

Un processus de paix en cinq points

Avec ce nouveau cycle de négociations entre le gouvernement colombien et les Farc, le pays se retrouve à un moment crucial de son histoire et les deux parties ont là une opportunité sans précédent de mettre fin à l’un des plus anciens conflits du continent américain. Les pays de la région et la communauté internationale ont exprimé leur optimisme suite à la signature, après six mois de pourparlers, de deux accords partiels concernant les deux premiers points du processus de paix, qui en compte cinq. En mai 2013, les deux parties ont d’abord conclu un premier accord portant sur la réforme du système agraire, qui constitue un point essentiel du conflit. L’accord prévoit notamment la régularisation de la propriété terrienne, la distribution des terres aux agriculteurs et l’indemnisation des personnes qui ont été spoliées ou contraintes de se déplacer. Un second accord sur une éventuelle participation des Farc à la vie politique colombienne a par la suite été signé, le 6 novembre 2013. Les trois autres points de discussion concernent les drogues illicites, le dédommagement des victimes et la fin effective du conflit armé.

La signature de ces accords a été possible grâce à deux aspects principaux. D’abord, le gouvernement colombien et les Farc ont vraisemblablement compris qu’au-delà de leurs calculs stratégiques respectifs, la meilleure issue à cette guerre passait par la négociation politique. Ensuite, comme l’a rappelé le président colombien, Juan Manuel Santos, la signature de ces deux premiers accords est aussi due à la participation des pays garants du processus de paix, la Norvège et Cuba, ainsi que des pays facilitateurs que sont le Chili et le Venezuela.  

Vers une paix définitive?

L’actuel processus de paix suscite cependant un certain scepticisme quant à la possibilité d’en arriver à une issue positive et cela pour diverses raisons. Il y a d’abord le constat d’échec des trois principales tentatives de négociations précédentes qui ont été engagées depuis les années 1980. En effet, le cessez-le-feu signé en 1984 sous la présidence de Belisario Betancur, le dialogue de Tlaxcala (Mexique) en 1992 sous la présidence de César Gaviria tout comme les négociations entre le président Andres Pastrana et la guérilla marxiste entre 1999 et 2002 sont des tentatives qui ont toutes échoué. Ces différents échecs illustrent bien la difficulté à parvenir à un accord et à garantir son respect.

L’absence de cessez-le-feu parallèlement aux négociations de La Havane laisse également planer un doute à l’égard d’une potentielle résolution pacifique du conflit. En effet, si les Farc ont observé une trêve de deux mois au début des pourparlers, le gouvernement colombien s’est refusé à toute trêve avant la signature d’un accord final. Il s’agit ainsi de maintenir une pression sur les Farc et de satisfaire à une partie de l’opinion publique colombienne, qui n’endosserait pas une telle trêve. C’est également une manière pour le président Santos de montrer sa fermeté à l’égard des Farc et à ceux qui s’opposent à ce processus de paix, comme l’ancien président Alvaro Uribe, qui fut au pouvoir de 2002 à 2010. En effet, M. Uribe fustige l’actuel cycle de négociations et il considère que le désarmement des Farc doit précéder tout processus de paix. Même s’il n’est plus au pouvoir, Uribe dispose toujours d’un certain capital de sympathie dans l’opinion publique, notamment en raison du fait que les Farc ont été fortement affaiblies par des désertions et par la mort de plusieurs dirigeants sous sa présidence; on peut penser à Raul Reyes, l’ancien porte-parole des Farc, qui a été assassiné le 1er mars 2008, ou encore à l’ancien chef du bloc nord-occidental de la guérilla, Iván Ríos, qui a trouvé la mort deux jours plus tard.  

Un autre déterminant de la fin du conflit sera le sort réservé aux responsables de crimes dans les deux camps. Si les Farc ainsi que l’État colombien ont officiellement reconnu leurs responsabilités dans les violations des droits de l’homme tout au long de la guerre, il n’en reste pas moins que la question de l’impunité risque de constituer un obstacle important à l’acceptation d’un éventuel accord de paix par la population. En août 2013, la Cour constitutionnelle a confirmé l’approbation par le Congrès colombien d’un amendement relatif aux peines de prison des guérilleros. Cet amendement, intitulé « cadre juridique de la paix », prévoit notamment la possibilité de suspendre les peines des membres des Farc qui vont se repentir à la suite du conflit et du désarmement de la guérilla. Les Farc ont toutefois exprimé leur opposition à cet amendement, puisqu’elles considèrent notamment qu’une telle loi doit être le fruit de discussions. La question est désormais de savoir comment le gouvernement colombien compte respecter cette loi, tout en respectant la volonté de l’opinion publique, qui croit nécessaire de traduire en justice les membres des Farc ayant commis des crimes. Par ailleurs, le débat sur l’impunité concerne également l’armée colombienne ainsi que des groupes paramilitaires, qui sont eux aussi accusés d’avoir commis des crimes de guerre.

La manière dont sera ratifié un éventuel accord entre les belligérants constitue une autre donnée inconnue. Alors que le président Santos souhaite une ratification par voix de référendum, les Farc proposent quant à eux que la ratification se fasse par une assemblée constituante. Si le dialogue est globalement salué par la population colombienne, plusieurs voix, dont celles de diverses organisations de la société civile, se sont plaintes du manque d’informations sur les différents points de négociation. C’est donc un risque politique considérable que prend le président Santos en priorisant le processus référendaire étant donné que rien n’assure qu’un éventuel accord général de paix serait massivement accepté par les Colombiens.

Un dernier point qui pourrait influencer le processus de paix est la tenue des élections législatives et présidentielles, qui auront respectivement lieu en mars et en mai 2014. En effet, les différentes campagnes électorales pourraient entraîner une suspension des négociations, ce qui freinerait nécessairement leur avancée. Cependant, le président Santos, qui sera vraisemblablement candidat à sa propre succession, a rejeté l’hypothèse d’un arrêt des négociations pour la durée de la période électorale.

Au-delà de la Colombie

Le processus de paix constitue également un enjeu pour les pays latino-américains engagés dans les négociations, en particulier pour Cuba et le Venezuela. Pour Cuba, une réussite des négociations constituerait un pied de nez à la politique d’isolement menée par les États-Unis, notamment au sein de l’Organisation des États américains (OEA), depuis 1962. Il s’agit donc pour La Havane de démontrer sa volonté et sa capacité de jouer un rôle constructif dans l’agenda interaméricain. Pour le Venezuela, la participation aux négociations montre son intérêt en faveur d’une paix en Colombie. Ces dernières années, les relations entre les deux pays ont connu des tensions, particulièrement sous la présidence d’Uribe, qui a souvent accusé Caracas de soutenir les Farc. Une paix en Colombie contribuerait sans aucun doute au renforcement des relations diplomatiques entre les deux pays. Par ailleurs, la fin du conflit offrirait à la Colombie l’opportunité de consolider son développement économique et social, ce qui constitue une condition nécessaire si elle souhaite devenir un pays émergent d’envergure bien en vue sur la scène internationale, un peu à l’image de son voisin brésilien.

Mamadou Lamine Sarr – Candidat au doctorat en science politique et auxiliaire de recherche au Centre d’études interaméricaines 

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